Scientific MOOCs follower. Author of Airpocalypse, a techno-medical thriller (Spring 2017)


Welcome to the digital era of biology (and to this modest blog I started in early 2005).

To cure many diseases, like cancer or cystic fibrosis, we will need to target genes (mutations, for ex.), not organs! I am convinced that the future of replacement medicine (organ transplant) is genomics (the science of the human genome). In 10 years we will be replacing (modifying) genes; not organs!


Anticipating the $100 genome era and the P4™ medicine revolution. P4 Medicine (Predictive, Personalized, Preventive, & Participatory): Catalyzing a Revolution from Reactive to Proactive Medicine.


I am an early adopter of scientific MOOCs. I've earned myself four MIT digital diplomas: 7.00x, 7.28x1, 7.28.x2 and 7QBWx. Instructor of 7.00x: Eric Lander PhD.

Upcoming books: Airpocalypse, a medical thriller (action taking place in Beijing) 2017; Jesus CRISPR Superstar, a sci-fi -- French title: La Passion du CRISPR (2018).

I love Genomics. Would you rather donate your data, or... your vital organs? Imagine all the people sharing their data...

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Concernant les fichiers son ou audio (audio files) sur ce blog : ce sont des fichiers Windows ; pour les lire sur Mac, il faut les ouvrir avec VLC (http://www.videolan.org).


Un coeur artificiel, mais pas n'importe lequel !

Quelles sont les réponses à l'insuffisance cardiaque ? Quel est
aujourd'hui le traitement approprié ? La réponse et les exlications d'un
spécialiste, le Professeur Daniel Loisance, chef du service de chirurgie
cardio-thoracique à l'hôpital Henri-Mondor de Créteil.

Mais voyons comment cette odyssée moderne de l'assistance circulatoire a débuté. Petite enquête. Nous sommes en novembre 2004 ... Le Professeur Daniel Loisance tente de booster l’intérêt des forces vives de la nation – les chercheurs cliniciens et fondamentalistes – sur un sujet qui lui tient à coeur : l’assistance circulatoire mécanique, autrement dit, le "coeur artificiel", en traitement de l’insuffisance cardiaque. Un coeur artificiel ? Oui, mais pas n’importe lequel, voyez plutôt ...

==> (Doc. PDF, 732 Ko)

==> Lire cet article sur Agora Vox (06/02/2010) : lien

Don d'organes : vers un changement de paradigme ?

Ce Blogpost fait suite à celui intitulé "A vous la parole !"

Le don forcé : vers un changement qualitatif induit par la quantité ?
Le don forcé, comme le trafic d'organes, constitue à mon avis un des dangers du phénomène d'industrialisation du don d'organes. Par industrialisation du don d'organes, j'entends la prolifération du vol, du trafic, de la vente d'organes dans le monde, mais aussi ... le don forcé. Le don forcé, c'est la conséquence de ce matraquage médiatique, visant à dire qu'il faut être généreux et donner organes, sang, moelle osseuse. Comme si le don d'organes vitaux à sa mort pouvait être comparé au don de sang ! Le don d'organes vitaux passe par la mort. Il implique une réflexion sur la fin de vie et sur le morcellement du corps, de la part des proches confrontés à la question du don d'organes. Le don d'organes n'est pas anodin. La question du don d'organes vitaux à sa mort est une question personnelle, d'ordre privée. Elle ne saurait être un réflexe de la forme de citoyen exemplaire. Pourtant, répéter que le don est un devoir, faire de la générosité un devoir de "don" d'organes, affirmer que le don est le contraire du repli sur soi et de l'égoïsme, c'est forcer le don. "Faute de greffe, X patients meurent par an !" (222 patients "morts faute de greffe" en 2008). Voilà ce que dit le discours public. J'aimerais qu'on s'interroge sur le sens de cette phrase. Elle a un petit quelque chose d'obscène et d'absurde, alors qu'on voudrait nous faire croire qu'on parle de non-assistance à personne en danger. Un bon citoyen se mobilise contre les accidents de la route. Un bon citoyen se mobilise contre les décès chaque année "faute de greffe". Voilà le message.

Fort bien, mais ce message a été relayé dans le discours public sur le don d'organes dans un contexte où il n'était pas question d'industrialiser le don d'organes comme aujourd'hui, dans un contexte où les listes de patients en attente de greffe étaient loin d'avoir le volume qu'elles atteignent aujourd'hui. 5.000 greffes par an en France, plus de 12.000 greffes par an en Chine, alors que, pour ce dernier pays, n'existe aucun système de don à l'échelle nationale !

Arrêtons-nous un instant sur une question un peu technique, mais essentielle. Celle du constat de décès du potentiel donneur d'organes sur le plan de l'éthique. Il s'agit, dans les faits, d'un constat de décès anticipé sur le plan légal, afin de pouvoir prélever des organes vitaux sur un mourant. Le donneur est donc mort sur le plan légal, et mourant sur le plan physiologique. C'est ce qu'explique le Professeur Robert Donald Truog, un spécialiste du constat de décès dans le cadre du don d'organes. Ce Professeur travaille à la prestigieuse Harvard Medical School. Pourtant, le discours public, qui fait la promotion du don d'organes, parle de "don de ses organes après sa mort". Dans ce cas, pour moi, il s'agirait d'une simple formalité administrative. Or je découvre qu'en fait, il s'agit de réfléchir au don d'organes vitaux dans un contexte de fin de vie. Le potentiel donneur d'organes vitaux est une vie sur le départ ... Nier ces faits, c'est ... forcer le don.

L'industrialisation du don d'organes est née d'une trilogie : don forcé - vol d'organes (sur des condamnés à mort en Chine) - vente (forcée) d'organes. Les trois éléments cités sont nés et prennent leur essor du fait de la formidable (effarante ?) pression que constituent les listes de patients en attente de greffe dans le monde entier. La greffe est devenue une indication courante pour tout un tas de maladies, y compris celles dues au vieillissement de la population. S'agit-il de faire en sorte, pour répondre à la demande, que le don d'organes devienne lui aussi une indication courante ?

Lorsque l'on parle d'organes à greffer, de "greffons" aujourd'hui, est-ce que ce mot a le même sens qu'hier ? Hier, il signifiait : miracle de générosité et de solidarité. Est-ce que demain ce mot n'aura pas encore un sens différent, si les organes peuvent être vendus et achetés dans le monde entier ? Si on entre dans une ère de l'industrialisation du don d'organes, dans une ère de changement de paradigme, ou encore de changement qualitatif induit par la quantité, alors on pourra dire qu'entre le "don" d'organes vitaux (que j'appellerai le don forcé), le vol d'organes (les organes prélevés sur des condamnés à mort en Chine, sans le consentement de quiconque et avec la complicité de l'armée), et la vente d'organes (est-ce un vrai commerce ? S'agit-il d'une "vente forcée" ?), la différence sera trop mince. Bien trop mince, bien plus qu'elle ne devrait l'être ! Elle devrait être énorme. Elle ne l'est pas. Elle ne le sera pas. Dans ces trois cas (don forcé, vol, vente), on assistera (ou assiste-t-on déjà ?) à un changement qualitatif du don d'organes, lequel changement sera induit par la quantité.

Les listes de patients en attente de greffe explosent. Aujourd'hui, en France, 80 pour cent des quelque 14.000 patients en attente de greffe attendent un rein. Mais n'oublions pas, toujours en France, les quelque 600.000 patients non dépistés, atteints d'hépatite C et qui l'ignorent encore actuellement, et qui demain auront besoin d'une greffe du foie en urgence pour survivre. Aujourd'hui, la liste des patients en attente de greffe de rein explose. Demain, ce sera celle des patients en attente de greffe de foie. Nous pouvons bel et bien parler d'un changement qualitatif induit par la quantité. Ceux qui croient lutter contre l'industrialisation, la marchandisation des organes vitaux, en opposant le don, se font les alliés de cette industrialisation pour peu qu'il s'agisse d'un don forcé. Répéter que le don est un devoir, faire de la générosité un devoir de "don" (don forcé) d'organes, affirmer que le don est le contraire du repli sur soi et de l'égoïsme, c'est forcer le don, c'est aggraver les choses. Ceux qui forcent sur le don (don forcé), ceux qui veulent en faire un réflexe de la forme en croyant ainsi s'opposer à l'industrialisation ne font qu'éviter un péril pour tomber dans un autre, c'est à dire tomber de Charybde en Scylla, ou, comme disent les Anglo-Saxons, sauter de la poêle à frire dans le feu ("to jump from the frypan into the fire").

Dimanche 6 décembre, Mélissa Theuriau présentait sur M6 un nouveau numéro du magazine "Zone Interdite" consacré au don et au trafic d'organes :

"Il y a en France des milliers de patients en attente d’une greffe de rein, de trop rares donneurs volontaires, mais aussi - et cela paraît révoltant - des dizaines d’hommes et de femmes prêts à vendre leur rein pour sortir de la misère ...

Face à ce long et douloureux parcours, comment surmonter l’épreuve de la maladie ? 'Zone Interdite' vous raconte l’histoire bouleversante d’un homme qui donne son rein pour sauver celle qu’il aime. Mais certains profitent de cette pénurie pour exploiter sans aucun scrupule le désespoir des malades et la précarité des donneurs : dans les hôpitaux européens, des reins sont achetés et parfois même volés par des médecins qui les revendent à prix d’or. Les équipes du magazine ont mené l’enquête sur ce trafic honteux.

Présentation des reportages diffusés au cours de l'émission :

Delphine, 35 ans, souffre d’une insuffisance rénale sévère. Depuis 5 ans, elle vit au rythme de 3 dialyses par semaine, dans l’attente d’une greffe. À bout de patience, son mari, Alain, a décidé de lui offrir un de ses reins. 'Zone Interdite' a suivi au quotidien ce couple soudé par l’épreuve. Ils nous ont fait partager leur souffrance, leur peur, mais aussi leur espoir d’une vie plus paisible. Malgré les examens qui s’enchaînent et les contraintes de l’opération au CHU de Montpellier, Alain ne flanche pas.

Des Français frappés par la crise veulent vendre un rein pour se sortir de la pauvreté. Partout en Europe occidentale, des patients achètent des organes au prix fort à des intermédiaires ukrainiens ou moldaves. Plusieurs donneurs nous ont montré leurs cicatrices de 20 centimètres sur les flancs ! À Paris, 'Zone Interdite' a rencontré des trafiquants israéliens qui nous dévoilent en caméra cachée leurs tarifs et leurs méthodes. 'Zone Interdite' a enquêté sur ce commerce totalement illégal, contrôlé par des médecins et des chirurgiens peu scrupuleux, qui exploitent le désespoir des uns et la misère des autres."

Si le trafic d'organes est à nos portes, si la boîte de Pandore a été ouverte - nous parlons ici de la marchandisation du corps humain, du commerce de pièces détachées - alors elle ne pourra pas être refermée. Le don d'organes change de paradigme. Ce changement, qualitatif, est induit par la quantité.

Voici un enregistrement audio de cette émission de M6, en deux parties. Ces deux parties sont consacrées au trafic d'organes.

==> 1ère partie : Télécharger en WMA.

==> 2ème partie : Télécharger en WMA.

(copyright : M 6)

Prélèvements d'organes en Chine : faits et débats

Conférence-débat à l’Assemblée Nationale, le 3 décembre 2009. Le trafic d'organes dans le monde : l'exemple de la Chine. Enquête sur le prélèvement d’organes sur des prisonniers pratiquants du "Falun Gong" et sur des condamnés à mort en Chine : Présentation d'une enquête qui vient d'être publiée par deux avocats canadiens.

Sur la photo, en bout de table, de gauche à droite : Pr. Francis Navarro, Michel Wu, David Kilgour.

"Prélèvements meurtriers : assassinat des pratiquants du "Falun Gong" pour leurs organes" (Seraphim Editions, Canada, version anglaise. Version française à paraître prochainement). Le lancement officiel du livre a eu lieu au Parlement canadien, en novembre 2009.

Co-auteurs de cette enquête qui vient d'être publiée : les avocats David Kilgour et David Matas. 52 preuves de ce trafic, réunies entre 2006 et 2009, sont présentées, ainsi que des propositions de loi afin de lutter contre ce trafic.

A l'heure actuelle, il s'agit toujours d'éveiller les consciences sur ce sujet peu connu du grand public, et peu discuté par les politiques : l'exécution de condamnés à mort et de pratiquants du "Falun Gong" en Chine, ce qui permet à ce pays de réaliser plus de 12.000 transplantations par an, soit environ trois fois plus qu'en France, alors que n'existe aucun système de don d'organes à l'échelle nationale en Chine !

==> Lire l'article sur ce sujet : Trafic d'organes en Chine : de nouvelles preuves.

==> AgoraVox : Trafic d'organes en Chine : de nouvelles preuves.

Synthèse orale réalisée par l'auteur de ce weblog, Catherine Coste :
==> Télécharger en WMA.

Personnalités intervenant dans ce débat à l'Assemblée Nationale :

Professeur Yves Chapuis, ancien chirurgien transplanteur, membre de l’Académie Nationale de Médecine.

David Kilgour, avocat Canadien. Il a occupé les fonctions de député puis de secrétaire d’Etat du Canada pour la région Asie-Pacifique. Avant de devenir parlementaire, il était procureur de la Couronne.

Professeur Francis Navarro, chef du service de chirurgie hépato-digestive et de transplantation au CHU de Montpellier.

Michel Wu, ancien chef de service de l’émission en mandarin et rédacteur en chef à Radio France International (RFI).

Modérateur : Jianping Zhang, journaliste à "La Grande époque".

Trafic d'organes en Chine : de nouvelles preuves (audio)

Des avocats canadiens, des médecins et chirurgiens sont venus le 3 décembre 2009 à l’Assemblée Nationale, afin de faire le point, à grand renfort de faits et de preuves, sur le prélèvement sauvage d’organes humains en Chine (lire).

A cette occasion, le Professeur Francis Navarro, chef du service de chirurgie hépato-digestive et de transplantation au CHU de Montpellier, est intervenu sur le sujet du trafic d'organes. Il a parlé de la formidable (effroyable ?) pression que constitue la liste des patients en attente de greffe :

"En France, nombre de patients sont atteints d’hépatite C (nécessitant une greffe). On estime à 600.000 le nombre de patients non dépistés. Demain la liste des patients en attente de greffe de foie va exploser en France !"

"Ce que nous, chirurgiens transplanteurs, reprochons à la Chine, c’est d’avoir ouvert la porte au trafic d’organes. Avec le journaliste indépendant Dominique Mesmin, je travaille à une enquête sur la vente d’organes dans le monde (Chine, Pakistan, Pays du Maghreb). Cette enquête paraîtra prochainement sous forme de livre. Il faut avertir la population française : le trafic d’organes est en train de s’installer. La Chine a ouvert les portes de la commercialisation des organes. Ce pays a montré que la commercialisation d’organes est possible, voilà ce que je lui reproche !"
Le Professeur Navarro organise actuellement une conférence internationale sur le trafic d’organes. Elle devrait avoir lieu prochainement à Montpellier.

==> Ecouter le témoignage du Professeur Navarro :

Télécharger avec un clic droit en WMA.

Trafic d’organes en Chine : de nouvelles preuves

Le trafic d’organes en Chine est institutionnalisé. Il s’effectue avec la complicité de l’armée. La Chine d’aujourd’hui, c’est un mélange détonnant entre un gouvernement totalitaire et un libéralisme économique effréné. Des avocats canadiens, des médecins et chirurgiens sont venus le 3 décembre 2009 à l’Assemblée Nationale, afin de faire le point, à grand renfort de faits et de preuves, sur le prélèvement sauvage d’organes humains en Chine.

Un homme, un discours

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David Kilgour lit son discours. Cet avocat Canadien a occupé les fonctions de député puis de secrétaire d’Etat du Canada pour la région Asie-Pacifique. Avant de devenir parlementaire, il était procureur de la Couronne.

Sa motivation ? "Je veux que ces trafics d’organes cessent en Chine."

Même si les chirurgiens transplanteurs de Chine n’ont pas été pris le scalpel dans le sac, nous avons des preuves ! Le livre que nous venons de publier, "Prélèvements meurtriers : assassinats de pratiquants de Falun Gong pour leurs organes", réunit 52 preuves. Il est temps d’y croire !

Des faits, encore des faits, toujours des faits

Ce matin-là, trois hommes se sont relayés pour nous faire croire à l’incroyable. L’avocat Canadien David Kilgour, le Professeur Francis Navarro, chef du service de chirurgie hépato-digestive et de transplantation au CHU de Montpellier, qui a été enquêter en Chine et qui prépare un livre sur le sujet du trafic d’organes, le Professeur Yves Chapuis, ancien chirurgien transplanteur, membre de l’Académie Nationale de Médecine.

Des avocats activistes des droits de l’homme écrivent sur la Chine :

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Version française à paraître prochainement !
Ce livre vient de paraître en anglais chez un éditeur Canadien : Seraphim Editions. Son titre : “Prélèvements meurtriers : assassinats de pratiquants de Falun Gong pour leurs organes”. Les auteurs : David Kilgour et David Matas. Ce dernier est un avocat spécialiste des droits de l’homme, connu pour avoir fait arrêter, juger et condamner d’anciens criminels nazis au Canada. Lancé officiellement au Parlement canadien le 16 novembre 2009, le livre fait déjà parler de lui : plus de 45.600 articles à son sujet sur internet ! ‘Source : Google)

"Ces prélèvements d’organes sont une forme d’assassinat."

Le contexte :

Le rapporteur spécial de l'ONU sur la torture, Manfred Nowak, a demandé une enquête en 2006, suite à des allégations, ou à ce qu’on pouvait supposer comme tel : des pratiquants du Falun Gong – sorte de yoga Chinois visant au développement spirituel du pratiquant, souvent bouddhiste – seraient emprisonnés et traités comme de simples réservoirs d’organes, afin d’alimenter un trafic lucratif. Début avril 2006, la coalition d’investigation sur la persécution du Falun Gong en Chine est établie. David Kilgour et David Matas commencent leur enquête. Depuis avril 2006, ils réunissent des preuves, publient des rapports.

On connaissait les Tibétains …

On connaît moins cette affaire des transplantations forcées, dont les pratiquants du Falun Gong sont victimes. Le Falun Gong consiste en une série d’exercices avec un fondement spirituel. Il a été interdit en Chine en 1999.

… Mais voici un refrain moins connu :

David Kilgour : “Le Falun Gong est essentiellement un ensemble d’exercices ayant un fondement spirituel. Ce mouvement a pris son essor en Chine après 1992. Initialement, le gouvernement a encouragé la pratique comme étant bénéfique pour la santé. En 1999, il était si populaire que le Parti prit peur : et si son hégémonie idéologique, sa supériorité en nombre allaient se trouver concurrencées par le Falun Gong ? Selon une estimation gouvernementale, le nombre de personnes qui pratiquaient le Falun Gong dans toute la Chine est passé de pratiquement zéro en 1992, à 70-100 millions de personnes. La pratique a donc été interdite par le Parti au pouvoir. Les pratiquants ont été invités à se rétracter. Ceux qui ont continué à pratiquer et ceux qui ont protesté contre l’interdiction ont été arrêtés. S’ils se rétractaient après leur arrestation, ils étaient libérés. S’ils ne le faisaient pas, ils étaient torturés. S’ils se rétractaient après avoir été torturés, ils étaient ensuite libérés. S’ils ne s’étaient pas rétractés après avoir été torturés, ils disparaissaient dans le système de détention chinois ou du travail forcé.”

Quelle est la différence entre un Chinois condamné à mort et un Chinois pratiquant du Falun Gong ?

David Kilgour :Les détentions pour cause de pratique de Falun Gong présentent une caractéristique peu commune. Les pratiquants qui, de partout à travers le pays, étaient venus Place Tiananmen à Pékin pour faire appel ou pour protester ont été arrêtés. Ceux qui ont révélé leur identité à leur ravisseur étaient renvoyés vers leur localité d’origine. Leur famille était automatiquement associée à leurs activités de Falun Gong et subissait des pressions pour se joindre au mouvement organisé pour obliger les pratiquants à renoncer au Falun Gong. Leurs responsables au travail, leurs collègues, leurs chefs de gouvernement local étaient jugés responsables et pénalisés au seul motif que ces individus étaient allés manifester à Pékin. Pour protéger leur famille et éviter l’hostilité des personnes dans leur localité, beaucoup de pratiquants de Falun Gong détenus ont refusé de donner leur identité. Le résultat a été une population importante de pratiquants de Falun Gong en prison, dont les autorités ne connaissaient pas l’identité. De plus, aucun de leurs proches ne savaient où ils se trouvaient.”

En Chine, plus de 80 chefs d’accusation peuvent conduire à la peine de mort sans aucune forme de procès. Un exemple : la fraude fiscale. Les condamnés sont promenés dans la ville, portant une pancarte autour du cou. Cette pancarte est symbolique : elle symbolise la mort civile de ces individus, qui ont perdu toute identité sociale, puisqu’il y est écrit : “Je ne fais plus partie de la société”.

Prélèvements criminels

Yves_Chapuis031209 Professeur Yves Chapuis, ancien chirurgien transplanteur, membre de l’Académie Nationale de Médecine

“Tout le monde sait cela. Le vendredi soir, des prisonniers Chinois sont exécutés d’une balle dans la tête, le samedi matin ils se trouvent en état de mort encéphalique, et leurs organes sont vendus sur le marché de Hong-Kong”.

[La “mort encéphalique” est un état permettant le prélèvement d’organes à partir d’un donneur décédé “à cœur battant”, c’est-à-dire respirant non plus de manière spontanée, mais grâce à une machine.]

Sur qui prélève-t-on ces organes à des fins de trafic ? Sur des criminels condamnés à mort, ou sur des prisonniers pratiquants du Falun Gong ?

Que l’on soit pour ou contre la peine de mort, voilà qui ne peut être débattu ici. Faire des condamnés à mort d'un pays une source d'organes pour alimenter la vente d'organes dans le monde, ou pour greffer des patients en attente de greffe en Chine n'est tout simplement pas approprié. Il n'est pas nécessaire de se lancer dans un discours contre la peine de mort pour le comprendre. Il n’est pas non plus question de dire : tel condamné ne vaut pas la corde pour le pendre, c’est un vrai criminel, tandis que tel autre a eu le tort de ne pas applaudir au bon moment. La réalité en Chine est la suivante : vrais et faux criminels se trouvent tous deux promus contre leur gré au rang de réservoir d'organes, cela a été particulièrement vrai en 2006, 2007 et 2008. Redonnons la parole à David Kilgour, qui constate une diminution du nombre de condamnés à mort en Chine, tandis que, pour cette même période, les prélèvements d’organes et greffes continuent.

“Il y a une aversion culturelle en Chine pour le don d’organes et le prélèvement d’organes vitaux à partir de donneurs se trouvant en état de mort cérébrale. Il n’existe pas de système permettant de centraliser les listes de patients en attente de greffe et les potentiels donneurs d’organes, pas plus qu’on ne recherche une quelconque compatibilité entre donneur et receveur, ce qui signifie qu’il y a un énorme gaspillage d’organes.

La seule source importante pour les greffes d’organes en Chine, avant la persécution des pratiquants du Falun Gong, était constituée par les prisonniers condamnés à mort et exécutés. Le nombre de transplantations d’organes en Chine a connu une augmentation fulgurante, peu après l’interdiction de la pratique du Falun Gong. En revanche, le nombre de personnes condamnées à mort et exécutées n’a pas augmenté. (…) Avant le 01/01/2007, la peine de mort pouvait être décidée par des cours de justice régionales, les cours suprêmes du peuple. A partir du 01/01/2007, toute peine de mort décidée par une cour régionale devait être approuvée par la cour suprême centrale du peuple. Ce changement de procédure a eu pour effet de réduire de moitié le nombre de condamnés à mort, selon une estimation d’Amnesty International. La diminution du nombre de condamnés à mort signifiait que moins de personnes condamnées étaient disponibles pour fournir des organes. Selon Amnesty International, le nombre de prisonniers condamnés à mort et exécutés est en 2004 : 3.400 ; 2005 : 1.770 ; 2006 : 1.010 ; 2007 : 470 ; 2008 : 1.718. Les statistiques du gouvernement chinois montrent que le volume des greffes d’organes n’a pas diminué autant que cette source d’organes que représentent les condamnés à mort. Le Registre des greffes du foie de Chine rapporte les chiffres suivants : 2004 : 2.219 ; 2005 : 2.970 ; 2006 : 2.781 ; 2007 : 1.822 ; 2008 : 2.209. [Par comparaison, il y a quelque 900 greffes de foie chaque année en France, dont un tiers pour des cirrhoses alcooliques, 20% pour les hépatites virales et 12% pour les cancers, les retransplantations (après rejet d’un greffon) représentant 9% du total des greffes. Source : http://www.actions-traitements.org/spip.php?breve1575 ; Agence de la biomédecine]. L’année 2007 montre une augmentation des greffes du foie et, dans le même temps, une diminution des exécutions de prisonniers condamnés à mort et un changement dans la loi : désormais les hôpitaux doivent être autorisés par le ministre de la santé à effectuer des prélèvements d’organes, lesquels ne doivent plus répondre à la demande de 'tourisme des transplantations' (les patients étrangers venant bénéficier d’une greffe illégale) mais à celle nationale. Pourtant, la diminution de greffes de foie en 2007 est loin de correspondre à la diminution des exécutions de condamnés à mort. (…) En 2007, comment la Chine a-t-elle pu maintenir sa réduction du nombre de greffes du foie à seulement –34% face à l’obligation d’avoir une licence pour les hôpitaux non militaires réalisant des greffes, avec une réduction de 53% dans ce que les autorités chinoises prétendent être leur seule source d’organes [à savoir : les condamnés à mort] ? La seule réponse plausible est l’augmentation du nombre d’organes provenant de la seule source d’organes significative : les pratiquants du Falun Gong.”

Que vient faire le Falun Gong dans cette histoire ?

David Kilgour : “Le gouvernement chinois considère que le Falun Gong représente une menace réelle. Les communistes craignent que le Falun Gong puisse fournir une alternative viable à l’idéologie dominante communiste en Chine. (…) La population de détenus qui sont des pratiquants de Falun Gong se trouve avoir la taille suffisante et toutes les caractéristiques d’une grande ‘banque d’organes’. Ils sont le seul groupe de détenus qui puisse expliquer raisonnablement l’augmentation soudaine du volume des greffes entre les années 2000 et 2005. La conclusion de cette thèse est que les organes des pratiquants de Falun Gong détenus sont prélevés de manière systématique pour servir à l’industrie des greffes d’organes en Chine et que cette pratique est une forme industrialisée que prend la persécution du Falun Gong par le Parti communiste chinois.”

A-t-on oublié l'affaire du sang contaminé en Chine ?

Michel Wu, ancien chef de service de l’émission en mandarin et rédacteur en chef à Radio France International (RFI)

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”Il y a d’abord eu la dictature prolétarienne. Puis le Petit Timonier a ouvert la boite de Pandore : ‘Enrichissez-vous !’ On connaît la gestion du SIDA en Chine communiste : des paysans pauvres, par villages entiers, se mettent à vendre leur sang, qui est collecté par des cadres du Parti communiste. Des familles entières, pensant améliorer leurs conditions de vie, se trouveront désunies, séparées par la maladie, puis la mort. Ce trafic illicite du sang, c’est l’affaire du sang contaminé en Chine !”

Au moment de remettre mon manuscrit entre les mains de l’éditeur, j’ai l’impression de ne pas lui donner seulement un roman mais aussi un ballot de souffrance et de désespoir.” Yan Lianke, Pékin, le 23 novembre 2005.





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“Sous les rayons du soleil couchant, la plaine du Henan est rouge, rouge comme le sang. Ce sang que vendent les habitants du Village des Ding pour connaître une vie meilleure. Mais, quelques années plus tard, atteints de 'la fièvre ', ils se flétrissent et quittent ce monde, emportés par le vent d'automne comme des feuilles mortes. Seul le fils du vieux Ding, qui a bâti sa fortune sur la collecte du sang, continue de s'enrichir en vendant des cercueils et en organisant des 'mariages dans l'au-delà' pour unir ceux que la mort a séparés. Le Rêve du Village des Ding est un roman bouleversant. Bouleversant par la tragédie qu'il raconte, bouleversant parce qu'il n'est que la fiction d'une réalité plus terrible encore. C'est l'histoire de centaines de milliers de paysans du Henan contaminés par le sida que l'auteur évoque dans ce roman d'une émotion poignante, traversé de rêves et de prémonitions. 'Colère et passion sont l'âme de mon travail', dit Yan Lianke. Son livre est interdit en Chine et l'auteur privé de parole.”

Le trafic d’organes en Chine, un ballot de souffrance et de désespoir ?

Le Professeur Francis Navarro

Chef du service de chirurgie hépato-digestive et de transplantation au CHU de Montpellier

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”Ce que nous, chirurgiens transplanteurs, reprochons à la Chine, c’est d’avoir ouvert la porte au trafic d’organes. Avec le journaliste indépendant Dominique Mesmin, je travaille à une enquête sur la vente d’organes dans le monde (Chine, Pakistan, Pays du Maghreb). Cette enquête paraîtra prochainement sous forme de livre. Il faut avertir la population française : le trafic d’organes est en train de s’installer. La Chine a ouvert les portes de la commercialisation des organes. Ce pays a montré que la commercialisation d’organes est possible, voilà ce que je lui reproche !”

Professeur Francis Navarro : "D’abord, en Chine, il y a eu les camps de prisonniers du Falun Gong, puis les condamnés à mort. Les sites internet le montrent : en Chine, on peut acheter un rein pour 80.000 USD. Des médecins militaires se chargent de ces prélèvements de reins sur les condamnés à mort, dans la minute qui suit l’exécution. En Chine s’est installée ce que j’appellerais la trilogie ‘peine de mort – condamnation – tourisme de transplantation’. Les Israéliens et les Coréens ont été les premiers patients à bénéficier de greffes en Chine. Je rappelle que dans les pays asiatiques, la pratique de prélèvement d’organes sur donneur décédé à cœur battant (c’est-à-dire maintenu en vie artificiellement, au moyen d’un respirateur) n’existe pas. L’inhumation du corps complet est obligatoire. La Société Britannique de Transplantations a été la première société de transplantation à réagir et à dire que les pratiquants du Falun Gong ont été les premières victimes de ces transplantations forcées. Ont suivi ensuite les condamnés à mort. J’ai réalisé une enquête sur le trafic d’organes au Pakistan, mais il faut bien dire qu’il existe toute une organisation mafieuse de trafic d’organes à l’échelle internationale ! Mentionnons qu’il existe un Prix Nobel américain qui est pour la vente d’organes (lire) ! Est-ce que demain, nous allons parler des organes de la même façon ? C’est une possibilité qu’un jour, un organe soit rémunéré. Dans un Etat américain, il existe, depuis deux ans et à titre expérimental, un programme de rémunération des organes. Ce que nous, chirurgiens, ne pouvons accepter : la pratique du prélèvement d’organes à partir de condamnés à mort. Mais on ne nous écoute pas ! Espérons que le livre de David Kilgour va réveiller les esprits. En 2007, j’ai fait circuler une pétition parmi mes collègues chirurgiens transplanteurs. Le but était de les faire signer, ainsi que les politiques, contre la peine de mort et ses conséquences sur le trafic d’organes en Chine. Mais les choses n’ont pas bougé. La sanction économique ne se fait pas attendre, pour peu que l’on montre certaines pratiques chinoises du doigt … "

Près de 14.000 patients sont en attente de greffe en France. 80 pour cent de ces patients attendent un rein, car ils sont atteints d’insuffisance rénale grave.


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Pr. Navarro :

“Je souhaiterais parler de l’extraordinaire pression que constitue la liste des patients en attente de greffe. En France, nombre de patients sont atteints d’hépatite C (nécessitant une greffe). On estime à 600.000 le nombre de patients non dépistés. Demain la liste des patients en attente de greffe de foie va exploser en France !”

En avant-première :

Le Professeur Navarro organise actuellement une conférence internationale sur le trafic d’organes. Elle devrait avoir lieu prochainement à Montpellier.

“On a mis le doigt dans un engrenage terrible !”


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Professeur Yves Chapuis, ancien chirurgien transplanteur, membre de l’Académie Nationale de Médecine :

"En tant que chirurgien transplanteur, en activité jusqu’à il y a une dizaine d’années, je n’aurais jamais pensé que ce commerce d’organes prendrait de telles proportions ! Nous autres, chirurgiens transplanteurs, n’avons jamais voulu cela ! Je dois dire que c’est effrayant ! Depuis 10 ans, je réunis une commission d’éthique des droits de l’homme, qui travaille sur le thème éthique et transplantations, à l’Académie Nationale de Médecine de Paris.

Je peux témoigner du fait qu’il n’est pas aisé d’aborder le sujet des prélèvements d’organes sur des pratiquants du Falun Gong non consentants avec certains chirurgiens transplanteurs."

Professeur Yves Chapuis : “Il faut parler de la bonne conscience donnée par les responsables chinois en 2008”.

David Kilgour : “Vous voulez parler de cette loi de mai 2007 ?”

Professeur Yves Chapuis : “C’est exact.”

David Kilgour : “Depuis mai 2007, une loi vient réglementer les greffes, n’autorisant l’activité des transplantations qu’au sein d’hôpitaux pour lesquels une autorisation a été délivrée. Le Ministère de la santé a annoncé qu’à partir du 26 juin 2007, les patients chinois seraient prioritaires sur les étrangers pour l’accès à la greffe. Le Ministère de la santé en Chine a également interdit à toutes les institutions médicales se trouvant sur son sol de répondre à la forte demande du ‘tourisme de transplantation’, c’est-à-dire de pratiquer des greffes sur des patients en attente de greffe venus de l’étranger. Le gouvernement a annoncé en août 2009 que la Croix Rouge de Chine a mis en place un système de don d’organes, même s’il s’agit seulement d’un projet pilote impliquant une dizaine d’hôpitaux régionaux, et non d’un projet à l’échelle nationale. Ces premières tentatives de réglementation demeurent cependant insuffisantes.”

Professeur Yves Chapuis : “Effectivement, on aurait pu avoir l’impression que l’ordre est rétabli. Nous pourrions être moins mal à l’aise. Or il n’en est rien. Ce n’est pas vrai que les choses ont changé. En Chine, l’organisation des prélèvements d’organes sur des pratiquants du Falun Gong et des condamnés à mort passe par les tribunaux et les hôpitaux militaires. Rien n’a changé ! Voyons les chiffres : 200 à 300 patients recensés en mort encéphalique en Chine. Or y sont effectuées quelque 12.000 transplantations par an (40.000 transplantations par an sur 2006 et 2007, selon certaines sources polémiques), tous organes confondus ! Si vous voulez le détail : 5.000 transplantations hépatiques ; 15.000 transplantations rénales ; 5.000 transplantations cardiaques, ... [A titre de comparaison, on réalise en France entre 4.000 et 5.000 greffes par an, soit dix fois moins qu'en Chine].

En Chine, les institutions de transplantation sont contrôlées par l’armée, ce qui signifie que les chirurgiens transplanteurs sont des personnels militaires. Les hôpitaux qui réalisent des transplantations sont contrôlés par l’armée. Le système est donc bien rôdé, et la loi de mai 2007 ne permet en rien de mieux contrôler la situation ! En Amérique du Sud, la situation du trafic d’organes est mieux contrôlée. Une Magistrate auprès de la Cour Suprême d’Argentine a enquêté et donné ses conclusions récemment. Je rappelle qu’en France, dans la seconde moitié des années 50, les premières transplantations d’organes (des reins) ont été faites en utilisant des condamnés à mort.”

[ Une anecdote quelque peu macabre : les premiers prélèvements de reins effectués en France dans cette situation l’ont été sur des condamnés à mort, guillotinés à la prison de La Santé. Juste après leur exécution, une équipe médicale se précipitait sur eux, afin de remplacer leur sang par des liquides de refroidissement, et une ambulance conduisait à l’hôpital ces "candidats" au prélèvement d’organes (reins)... Source : http://www.canalc2.tv/video.asp?idvideo=6012 ].

De gauche à droite : Pr. Francis Navarro, Michel Wu, David Kilgour, Jianping Zhang (journaliste à “La Grande époque”), Catherine Coste

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Professeur Yves Chapuis :

“On a mis le doigt dans un engrenage terrible ! Il y a une attitude ambivalente, une ambiguïté extraordinaire de la part des chirurgiens et des politiques français !”

Trafic d’organes en Chine

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Prélèvements d’organes sur des prisonniers pratiquants du “Falun Gong” en Chine : enquête.

Le 3 décembre 2009 à l’Assemblée Nationale, sous le patronage de Madame Françoise Hostalier, Députée du Nord, ancien Secrétaire d’Etat, Monsieur David Kilgour présentait son ouvrage :
"Prélèvements meurtriers : assassinat des pratiquants du Falun Gong pour leurs organes"
(co-auteurs : David Matas et David Kilgour).

David Matas est un avocat canadien, spécialiste des droits internationaux de la personne et membre de l’Ordre du Canada 2008.

David Kilgour est également avocat. Il a occupé les fonctions de député puis de secrétaire d’Etat du Canada pour la région Asie-Pacifique. Avant de devenir parlementaire, il était procureur de la Couronne.

==> Présentation de l'enquête par David Kilgour ((Doc. PDF, 8 pages)

A vous la parole !

Témoignage de médecin chef de service hospitalier :

"Ai été le 27/11 au colloque annuel du groupe éthique Maurice Rapin (soutenu par le laboratoire pharmaceutique Pfizer) dont le thème était la révision des lois bioéthiques, avec une partie de matinée consacrée aux prélèvements à coeur non battant.
Intéressant. Surtout d'entendre les médecins spécialistes exposer et se poser plein de questions (tout en ne remettant pas en cause la pratique) et la cheffe de l'Agence de la biomédecine, marteler a contrario ses certitudes en déclarant que les prochaines campagnes de communication (pour promouvoir la greffe) seront toutes axées pour marteler que les potentiels donneurs d'organes vitaux prélevés sont tous morts et archi-morts."

Ma réaction :

Merci pour cette information. Désolée, mais mon point de vue est que, dans le contexte d'un prélèvement d'organes vitaux sur un potentiel donneur en état de "mort encéphalique" ou "à coeur non battant", le constat légal de décès précède la mort physiologique de ce patient, justement afin de pouvoir réaliser un prélèvement. Comment prélever des organes vitaux sur un mort ?? La justification éthique du prélèvement repose-t-elle sur la mort de ce potentiel donneur d'organes qui, dans les faits, est mourant - même s'il est légalement mort ? ... Il serait temps d'envisager le don d'organes vitaux dans un contexte de fin de vie (loi Leonetti d'avril 2005), mais à lire votre témoignage, je comprends que ce n'est pas pour demain ...

Témoignage : Proche confrontée au don d'organes :

Je voudrais à présent parler d'un témoignage tout récent : il m'a été confié le 3 décembre 2009. Une mère a décidé de faire don des organes de sa fille s'étant retrouvée en mort encéphalique suite à un accident de la route. Suite à cet accord, elle a pu constater que sa fille a été réanimée durant deux bonnes heures avant que le prélèvement puisse s'effectuer. Elle a vécu cet épisode de réanimation (afin de maintenir les organes en vie artificielle, à des fins de prélèvement) comme une douloureuse épreuve, dont elle ne se remet pas, et se demande toujours si sa fille a souffert "par sa faute" (car elle avait autorisé le don d'organes). Aujourd'hui, elle dit : "Si j'avais su que les choses se passeraient ainsi, je m'y serais opposée". Certes, il s'agit d'un cas particulier. Mais il est révélateur. Si on cache aux familles confrontées au don d'organes vitaux ces problèmes de fin de vie dans le cadre d'un don d'organes, alors on pratique la politique du don forcé. Le don forcé, c'est un des dangers de l'industrialisation du don d'organes. Un autre de ces dangers : le trafic d'organes.

Le don ne peut être que libre, fruit d'un consentement éclairé, résultant d'une information. Il ne peut être le fruit amer de l'ignorance ("Si j'avais su ..."). La politique du don forcé (près de 14.000 patients en attente de greffe !! Voilà qui constitue une formidable pression !) ne peut aboutir à un consentement éclairé donné par les proches confrontés au don d'organes vitaux.

Le don forcé : un changement qualitatif induit par la quantité ?

Il constitue à mon avis un des dangers de l'industrialisation du don d'organes. Si on en arrive là, alors on pourra dire qu'entre le "don" d'organes vitaux (que j'appellerai le don forcé), le vol d'organes (les organes prélevés sur des condamnés à mort en Chine, sans le consentement de quiconque et avec la complicité de l'armée), et la vente d'organes (est-ce un vrai commerce ? S'agit-il d'une "vente forcée" ?), la différence est trop maigre. Bien plus qu'elle ne devrait l'être ! Elle devrait être énorme. Elle ne l'est pas. Dans ces trois cas (don forcé, vol, vente), on assistera (ou assiste-t-on déjà ?) à un changement qualitatif du don d'organes, lequel changement est induit par la quantité. Les listes de patients en attente de greffe explosent. Aujourd'hui, en France, 80 pour cent des quelque 14.000 patients en attente de greffe attendent un rein. Mais n'oublions pas, toujours en France, les quelque 600.000 patients non dépistés, atteints d'hépatite C et qui l'ignorent encore actuellement, et qui demain auront besoin d'une greffe du foie en urgence pour survivre. Aujourd'hui, la liste des patients en attente de greffe de rein explose. Demain, ce sera celle des patients en attente de greffe de foie. Nous pouvons bel et bien parler d'un changement qualitatif induit par la quantité. Ceux qui croient lutter contre l'industrialisation, la marchandisation des organes vitaux, en opposant le don, se font les alliés de cette industrialisation pour peu qu'il s'agisse d'un don forcé. Répéter que le don est un devoir, faire de la générosité un devoir de "don" (don forcé) d'organes, affirmer que le don est le contraire du repli sur soi et de l'égoïsme, c'est forcer le don, c'est aggraver les choses. Ceux qui forcent sur le don (don forcé) en croyant ainsi s'opposer à l'industrialisation ne font qu'éviter un péril pour tomber sur un autre, c'est à dire tomber de Charybde en Scylla, ou, comme disent les Anglo-Saxons, sauter de la poêle à frire dans le feu ("to jump from the frypan into the fire").

Quelle alternative ? Où se situe la vraie opposition ?

Si le don est un don forcé, la vraie opposition ne se situe plus entre le don et les autres formes d'industrialisation du don d'organes (vol, trafic, vente). La vraie alternative est organique et/ou mécanique : c'est le développement des organes de remplacement par les cellules souches, c'est le développement de l'assistance circulatoire mécanique ("mechanical circulatory support"), par exemple avec le "Berlin Heart" ("coeur de Berlin") : un coeur artificiel qui, aujourd'hui déjà, constitue une réelle alternative à la transplantation cardiaque.

Vers un changement de paradigme ?

Aujourd'hui, on nous répète que le don d'organes est le seul système trouvé pour éviter de tomber dans la vente. L'année 2009 qui s'achève a été celle du don comme Grande cause nationale : don d'organes, de sang, de moelle osseuse, etc. Ce traitement du don comme Grande cause nationale a-t-il permis de résoudre le douloureux et sempiternel problème de la pénurie d'organes à greffer ? Hélàs, non. Alors ... Est-on prêt pour un changement de paradigme ? Hélàs, non.

Pourtant, ce changement de paradigme majeur se fera. Trop de médecins, chirurgiens, philosophes, sociologues l'attendent, y travaillent, jour après jour. Ils travaillent à ce que le développement du coeur artificiel ne soit plus mis en concurrence avec le don d'organes, ce qui freine le développement de l'assistance circulatoire mécanique (le coeur artificiel). Ils travaillent à ce que le don de sang de cordon ombilical (tout à fait indolore et sans conséquence pour la santé du bébé et de la mère) ne soit plus mis en concurrence avec le don de moelle osseuse pour soigner certaines formes de leucémie - le don de moelle osseuse nécessite une anesthésie et une hospitalisation du donneur, contrairement au don de sang de cordon ombilical ...

Sommes-nous prêts à voir les alternatives qui existent ? Je souhaiterais rappeler ici les propos d'une sociologue américaine, Renée Fox, qui, dans son livre intitulé "Spare parts" ("Pièces détachées"), dénonce la "dérive d’un pouvoir médical excessif et des efforts faits par la société pour perpétuer sans fin la vie et réparer, reconstruire l’homme par le remplacement d’organe. Nous voulons nous séparer des souffrances humaines, du mal social, culturel, spirituel qu’engendrent ces excès sans limites."

Ayons l'honnêteté intellectuelle de voir la réalité des faits en face : le don d'organes est en pleine mutation : un changement qualitatif, induit par la quantité, est bel et bien à l'oeuvre dans les transplantations d'organes (don d'organes vitaux à partir de donneur "décédé"). Ce changement reflète bien cette dérive dont parle la sociologue américaine Renée Fox. Il nous faut sortir de cette dérive, qui constitue une grave menace pour le système du don d'organes - car avec ce changement qualitatif induit par la quantité, c'est bien tout le système qui est remis en cause. Voulons-nous de l'industrialisation du don d'organes ? Voulons-nous mourir en étant réanimé(e) deux heures avant d'aller au don d'organes ? Ou bien voulons-nous concrétiser ce changement de paradigme majeur qu'appelle de ses voeux la sociologue américaine Renée Fox ? En ce qui me concerne, j'ai fait mon choix.

Vos réactions ...

... Sont précieuses ! Par avance, merci ...

Trafic d’organes en Chine : le point de vue du Pr. Jacques Belghiti

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Le Professeur Jacques Belghiti dirige le service Chirurgie hépato-pancréato-biliaire de l’hôpital Beaujon, à Clichy. Il a présidé l’Association internationale de transplantation hépatique ainsi que l’Association française de chirurgie hépatobiliaire et de transplantation hépatique.

Portrait du Pr. Jacques Belghiti (lien).

Pour mémoire, l’article ci-dessous du Pr. Belghiti, publié le 28/11/2007 dans “Le Figaro” :

“La Chine doit cesser de vendre les organes des condamnés à mort”.

Les choses ont-elles changé ? Voir l'enquête de l'ancien député au parlement et avocat David Kilgour, qui vient de publier un livre sur le sujet (livre en anglais, en cours de traduction) : "Bloody Harvest" : "Prélèvements criminels" (littéralement : sanglants).

Non, les choses n'ont pas changé ! Voilà ce que l'on peut d'ores et déjà dire au préalable de la publication de la version française de cette précieuse enquête bourrée de faits, de preuves - donc extrêmement documentée, ne visant pas la seule polémique. A noter : la version française devrait paraître d'ici mars 2010 !

==> Version française (Doc. PDF) : résumé du livre “Bloody Harvest”
==> Version française (Doc. PDF) : des faits, tirés du livre.

"Pour le président de l’Association française de chirurgie hépatique et de transplantation et de L’International Liver Transplantation Society, 'la Chine doit cesser de vendre les organes des condamnés à mort'.
Rachida Dati, garde des Sceaux, a accompagné le président de la république lors de son voyage en Chine. J’espère que ce voyage lui a permis de rappeler aux autorités chinoises notre opposition à la com­mer­cia­lisation des transplantations d’organes.
Depuis le début des années 2000, de nombreux malades ne pouvant être transplantés dans leur pays allaient en Chine pour obtenir rapidement un greffon rénal, hépatique ou cardiaque. Le système de santé de ce pays ressemble à son économie et de nombreux hôpitaux à la recherche d’activités rentables se sont lancés dans la transplantation d’organes. Alimentée par les greffons provenant d’environ 8 000 exécutions par an, la transplantation est devenue une activité florissante et enrichissante, car chaque donneur pouvait rapporter aux autorités hospitalières, aux médecins et aux divers intermédiaires entre 200 000 et 300 000 dollars.
Ce prix qui fluctue avec les lois du marché varie aussi selon l’hôpital, l’origine du malade (chinois ou étranger), la nature de l’organe à transplanter et la période (Il n’y a pas d’exécutions pendant les fêtes de fin d’année). Près d’un tiers des transplantations étaient réalisées chez des étrangers attirés par des sites Internet rédigés en japonais, coréen, russe et anglais. Ce 'tourisme de transplantation', nourri par des malades désespérés et poussés par des médecins affairistes, suivait des filières particulièrement importantes au Moyen-Orient. Cette activité quasi industrielle n’a eu aucun effet bénéfique sur les connaissances scientifiques car les équipes de transplantation, dans une logique purement commerciale, sans contrôle ni restrictions médicales, n’ont aucune incitation à améliorer leurs résultats qui ne sont jamais publiés. Les mauvais résultats sont la conséquence de mauvaises indications médicales de greffe puisque seul la solvabilité du malade compte ; de mauvaises conditions techniques des prélèvements d’organes après une exécution loin d’un hôpital et enfin de l’absence de suivi des greffés. Qui plus est, cette opportunité a freiné le développement de programmes de transplantation de certains pays qui utilisaient leurs crédits pour financer le séjour de leurs malades en Chine.

La commercialisation de la transplantation avec des organes prélevés chez des condamnés à mort a révolté la communauté scientifique. Toutes les sociétés médicales de transplantation mondiale ont condamné cette pratique et ont rompu ­toute relation scientifique dans ce domaine. L’amplitude des protestations qui détériore l’image de la Chine a finalement conduit le gouvernement chinois à réagir fin 2006. Depuis le début 2007, le nombre de transplantations en Chine s’est effondré. Ce déclin est essentiellement dû à une diminution des condamnations à mort qui doivent toutes être confirmées par la justice centrale. Le réexamen des sentences a atténué les excès des instances locales. Ce tarissement, que l’on espère durable, de la source des organes a permis une vaste réforme de la transplantation impulsée par le Pr Jiefu Huang vice-ministre de la Santé. Le nombre de centres habilités est fortement réduit, et il est désormais interdit de transplanter un étranger sans autorisation des autorités sanitaires.
Bien entendu, cette évolution ne va pas complètement réhabiliter la transplantation en Chine, car les exécutions continuent et le caractère commercial de cette activité implique de nombreux acteurs et intermédiaires qui n’ont aucun intérêt à ce que les choses changent. Et, en octobre 2007, lors de mon dernier séjour en Chine, certains réclamaient déjà le remplacement du Pr Jiefu Huang. Les autorités chinoises affirment que les condamnés signeront un 'consentement' au prélèvement de leurs organes. La réalité de ce consentement n’a jamais pu être vérifiée, et les condamnés à mort n’ont aucune considération dans la société chinoise qui estime éliminer des individus nuisibles. La honte des familles de ces condamnés fait qu’ils ne réclament que rarement les cendres d’une crémation qu’ils doivent payer. L’État chinois se considère propriétaire du corps des condamnés, le prélèvement de leurs organes étant le seul élément positif que ces condamnés puissent apporter à la société.
Il n’en reste pas moins qu’une évolution positive est en train de se dessiner, puisse-t-elle se poursuivre après les Jeux de Pékin. Dans cette nouvelle ambiance, soutenus par leurs confrères étrangers, des chirurgiens chinois courageux qui restaient 'marginaux' peuvent plus facilement poursuivre une activité qui obéit à des règles plus éthiques. On peut espérer que le gouvernement engage des travaux pour définir une législation de la mort cérébrale.
Mme le ministre, nous espérons que vous avez transmis aux autorités chinoises notre préoccupation pour que la transplantation puisse se développer dans le cadre de règles éthiques."

Source :
http://www.lefigaro.fr/debats/2007/11/28/01005-20071128ARTFIG00444-chine-le-point-de-vuede-jacques-belghiti.php

Journées Annuelles d’éthique du CCNE

Frida_Kahlo Le Comité Consultatif National d’Ethique, le CCNE, s’est réuni mercredi 25 novembre pour assister aux exposés de lycéens venus de France et de Navarre afin de présenter leur réflexion sur des thèmes de bioéthique ou de biomédecine. Les lycéens, dirigés ou encadrés par leurs profs de SVT (biologie et physique), anglais, philosophie, etc. ont exposé le fruit de leurs réflexions sur des thèmes tels que la fécondation “in-vitro” (FIV), le diagnostic prénatal ou préimplantatoire (DPN-DPI), le handicap, le don de gamètes, d’ovules ou d’embryons, le don d’organes de son vivant ou “post-mortem”. Il s’agissait de réfléchir sur les thèmes de biomédecine qui sont abordés par les scientifiques et législateurs à l’occasion de la révision des lois bioéthiques, prévue à horizon 2010.

Perception du handicap :
(Lycée JV Poncelet, Saint-Avold). Des élèves de 1ère L (section littéraire) ont présenté ce tableau de l’artiste mexicaine Frida Kahlo, “La Colonne brisée”, pour illustrer leurs réflexions. Ce lycée accueille des élèves handicapés sur le plan moteur ou cérébral. “Handicap et maladie : la frontière est floue. Ne sommes-nous pas tous des handicapés de situation ?”

“La résilience, c’est l’art de naviguer entre les torrents”.



Entre l'homme réparé et l'homme augmenté
Les Journées Annuelles d'Ethique du Comité Consultatif National d'Ethique (CCNE), cette année les 24 et 25 novembre 2009 (Programme), constituent un point de rencontre et de débat entre spécialistes, institutionnels et citoyens sur les sujets de bioéthique.

Mes notes sur la partie "Travail avec les lycéens" :

==> Version PDF (Doc. PDF, 71 Ko.)

Lycée polyvalent Marseilleveyre, Marseille - "Le don".
Lycée Grand Chênois, Montbéliard - "Un cas de refus de greffe".

Des élèves de Marseille et de Montbéliard ont effectué une présentation commune sur le thème du don : don de gamètes, don d'organe de son vivant. Ces élèves ont été encadrés par leur professeur de philosophie (Marseille) et d’anglais (Montbéliard).
Un cas de refus de greffe ("binge drinking") : comment trancher entre justice inhumaine et injustice humaine ?

Vous pouvez écouter cet exposé sur le don. Attention, le son n'est pas excellent, il faut mettre vos haut-parleurs à fond et l'écoute avec casque marche mieux !

Version audio :


Nouvelles d'ados : Prix Clara 2007 : "Le monde d'en bas"

Créé en mémoire de Clara, décédée à l'âge de 13 ans des suites d'une malformation cardiaque, le prix Clara, sous la présidence d'Erik Orsenna, s'adresse aux écrivains de moins de 17 ans. "Les nouvelles du prix Clara nous ouvrent des fenêtres sur les rêves et les préoccupations des jeunes d'aujourd'hui." Pourquoi un prix Clara ? Erik Orsenna, président du jury : "Clara avait 13 ans. Clara aimait lire. Clara aimait écrire. Clara nous a quittés. Brusquement. C'est en l'honneur de Clara que nous avons voulu créer ce prix destiné aux adolescents qui aiment lire et écrire. Comme Clara." Les nouvelles du prix Clara 2007 ont été rééditées en octobre 2009 aux Editions Pocket. Une nouvelle a particulièrement retenu mon attention : "Le Monde d'En-Bas". L'auteur, Amandine Pohu, est née en 1991 et vit à Montpellier. Sa motivation pour avoir écrit une nouvelle si extraordinaire : "J'ai participé au prix Clara, d'abord pour tenter ma chance, mais lorsque j'ai pris connaissance de l'histoire de Clara, j'ai été vraiment touchée et j'ai voulu lui rendre hommage du mieux possible, montrer que je partageais la douleur de ses proches. Je voulais juste qu'on sache combien cette histoire m'a bouleversée."

Son histoire se passe à l'Académie d'Ebène. Kerian, 15 ans, n'est pas comme les autres. Ce rêveur est un Magicien-Né, un talent rarissime qui lui permet d'entrer à l'Académie, pour, un jour, être capable de traverser le Pont d'Acajou qui mène au monde d'En-Bas. Un destin inespéré pour ce collégien de la Grande Cité, entièrement construite en bois ensorcelé, qui a été bâtie au sommet des immenses arbres de la forêt dite enchantée. La Catastrophe, survenue il y a plusieurs milliards d'années, est un des moments les plus importants de l'histoire de la Grande Cité : les êtres d'En-Bas ont été victimes de la Terre que les eaux ont subitement innondée. Plus personne n'est jamais retourné En-Bas depuis la Catastrophe, car l'eau est supposée y être toujours présente et les habitants de la Grande Cité ne savent plus nager depuis des générations. A l'Académie d'Ebène, Kerian est un MNDTT : un Magicien-Né-Découvert-Très-Tard. Le Pont d'Acajou permet d'aller à la découverte de l'Au-Delà. A l'Académie, Kerian a appris à déjouer le sort d'interdiction, très puissant, qui permet de franchir ce pont qui mène à l'Au-Delà. "Dès qu'il fut sur ce pont, le sort d'interdiction se réactiva derrière lui". Chemin faisant, il se nourrira d'écorces d'arbres et de pommes, connaîtra le doute, la faim, l'épuisement, la lutte pour sa survie - les bois sauvages sont parfois peuplés de bêtes effrayantes - et d'une mystérieuse jeune fille - un rêve, croit-il. Mais ce rêve colle aux dures réalités de la vie : Clara est déjà dans le coma, elle s'accroche à la vie, tout en aidant Kerian dans sa progression une fois le Pont d'Acajou franchi. Clara, ce rêve né de la solitude, du doute, du manque qui assaillent Kerian dans sa quête (il voulait voir la mer, pourquoi au juste, il ne sait même pas nager !), deviendra vie dans l'Au-Delà : une vie à deux : Clara apprend à Kerian, ce magicien accompli dont les pouvoirs ont progressé tout au long de sa quête, à ... nager.

Amandine, votre nouvelle est bouleversante. Je vous souhaite de nombreux lecteurs.

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Don d’organes, entre fin de vie et « règle du donneur mort »



A PRIORI, UN DEBAT SUR LA FIN DE VIE NE SAURAIT INCLURE LA QUESTION DU DON D’ORGANES VITAUX.

A PRIORI, LA "REGLE DU DONNEUR MORT" PERMET D’EXCLURE LE DONNEUR D’ORGANES OU POTENTIEL DONNEUR D’ORGANES DE LA LOI D’AVRIL 2005, SUR LES DROITS DES MALADES EN FIN DE VIE, DITE LOI LEONETTI, POUR L’INCLURE DANS LES LOIS BIOETHIQUES DE 2004, QUI REGISSENT LES TRANSPLANTATIONS D’ORGANES, ET QUI SONT ACTUELLEMENT EN COURS DE REVISION.


DES A PRIORI ?


==> Version PDF (PDF, 352 Ko)

==> Lire cet article sur AgoraVox, le journal citoyen en ligne.

==> Ajout du 08/12/2009 : nouvelle version sur AgoraVox (voir les commentaires)

Version audio :


Débat : "La règle du donneur mort" : un préjugé social ?

"La règle du donneur mort" a force de loi en France pour les prélèvements d'organes vitaux sur donneurs "décédés" : tout potentiel donneur d'organes doit être reconnu comme mort, décédé, de manière univoque et unanime, en fonction des critères prévus par la loi, dans le cadre d'un éventuel prélèvement d'organes. Aucun prélèvement d'organes vitaux ne peut avoir lieu sur un donneur d'organes sans qu'au préalable, un constat légal de décès ait été signé par deux médecins indépendants des équipes chirurgicales de transplantation. Cette "règle du donneur mort" existe depuis le début de l'activité des transplantations d'organes et a force de loi (lois bioéthiques de 2004).

Les réalités des prélèvements d'organes sur donneurs "décédés" présentent pourtant un autre aspect que la seule réalité légale. Dans les faits, notre potentiel donneur d'organes est plus qu'un simple réservoir d'organes une fois signé le constat de décès et obtenu l'accord des proches (ou leur non-opposition) pour le prélèvement. C'est toujours un patient. C'est une vie sur le départ. Ce patient, mort sur le plan légal, est mourant sur le plan physiologique. Dire aux proches confrontés à cette situation pour le moins étrange : "Le patient est mort, c'est inscrit dans la loi" ne les aide pas toujours à prendre une décision, en ce qui concerne leur autorisation ou leur refus pour le prélèvement d'organes vitaux. Aucune loi ne pourra jamais remplacer la compassion.

Voici la seule réalité des faits : en ce qui concerne le (potentiel) donneur d'organes vitaux, la mort légale précède la mort physiologique.

"La règle du donneur mort" sert de parapluie juridique à l'activité des transplantations. Son principe est le suivant : sans l'affirmation de la mort du potentiel donneur d'organes, aucun proche ne consentira à un tel prélèvement. Le constat de décès équivaut pourtant à une prévision (anticipation) de décès. Cette prévision, pour être éthique, ne saurait équivaloir à la mort. Anticipation du constat de décès ne vaut pas constat de décès. Témoin cette mère confrontée au don des organes de son enfant : "Je croyais qu'on attendait la mort !". (Citée par David Le Breton, "La Chair à vif", éditions Métailié, Paris, 2008). On attend certes la mort légale, mais pas la mort physiologique. Comment récupérer des organes vitaux après la mort physiologique complète ?

A quelle mort est-ce que je crois ?

Cette semaine, je propose une réflexion sur le thème : "La règle du donneur mort" : un préjugé social ?

Est-il si déraisonnable d'envisager que des proches d'un potentiel donneur d'organes sauront se montrer solidaires envers des patients en attente de greffe sans la "règle du donneur mort" ? Force est de constater que ce parapluie légal offre une protection toute relative ... Faut-il le remplacer ? Par quoi ?

Merci par avance pour l'apport de vos idées, réactions ou témoignages !

C'est à vous ! ...

Et si on parlait du "sang de cordon" ? Do you mind talking about "cord blood"?

Voici une petite nouvelle sur le thème du sang de cordon ombilical. Elle a été écrite pour le Professeur Eliane Gluckman, pionnière des greffes de sang de cordon ombilical. En 1988, elle réalisait la première greffe au monde sur un patient américain atteint de l’anémie de Fanconi, une maladie génétique rare entraînant une défaillance importante de la moelle osseuse. Cette greffe a guéri le patient.

C'est l'histoire de Noémie et de son grand-frère, Etienne, atteint de leucémie.

L’hôpital qui guérit la leucémie d’Etienne

Noémie, sept ans, et sa maman arrivent devant le nouvel hôpital spécialisé en médecine régénératrice. Etienne, dix ans, y est hospitalisé depuis quatre jours. La mère et la fille traversent le hall, à l’accueil une hôtesse leur remet la nouvelle brochure de l’hôpital.
- Suivez le robot, il vous conduira à la chambre d’Etienne, dit l’hôtesse. La mère, tandis qu’elle chemine en tenant sa fille par la main, raconte un moment très fort : la naissance du grand frère de Noémie.
- Ton frère et toi êtes venus au monde dans la même maternité. Quand Etienne est né, les sages-femmes ont récupéré le placenta. Le placenta, c’est comme une bouillie. C’est ce qui nourrit le bébé tant qu’il est porté par sa mère.
- Pourquoi elles ont fait ça, les Sagefemme ?

==> Lire la suite. (PDF, 24 Ko)

Version audio :




English version:
Read about Noémie and her older brother, Etienne, who is staying in a regenerative hospital, where his Leukemia can be cured thanks to the birth cord blood his mother had donated when Etienne was born.

Tomorrow's Hospital Curing Etienne’s Leukemia

Noémie, a 7-year-old-girl, and her mom have just reached the main entrance of this brand-new hospital for Regenerative Medicine. Etienne, a 10-year-old-boy, has been staying in this hospital for four days. Crossing the hall, mother and daughter find the reception desk, talk to a receptionist. "Just follow this robot," she says, handing out the new hospital brochure for them. "It will show you the way to Etienne’s room." As the robot is moving along, mother and daughter are walking hand in hand. Mom wants to tell Noémie about some very intense moments: when Etienne, Noémie’s older brother, was born.

- You and your brother were born at the same maternity hospital. Once Etienne was born, the midwives kept the placenta. Placenta is like baby food, baby cereal. As long as he is staying inside his mother’s womb, the baby feeds from the placenta.
- Why did the Midwives do that? I mean, keeping the placenta?

==> Read more. (PDF, 24 Ko)

Audio version:




Deutsche Version :

In dem Krankenhaus von morgen: wie Etienne seine Leukämie losgeworden ist

Noemie, ein siebenjähriges Mädchen, und ihre Mutter befinden sich jetzt in der Eingangszone dieses blitzneuen Krankenhauses für Regenerative Medizin. Etienne, ein zehnjähriger Junge, wird seit vier Tagen in diesem Krankenhaus gepflegt. Mutter und Tochter gehen geradeaus durch die Halle. Ein paar Schritte weiter befindet sich die Aushilfskraft im Empfang. „Folgen Sie dem Roboter!“, sagt sie, indem sie Noemies Mutter ein Exemplar der neuerschienenen Krankenhausbroschüre aushändigt. „Der zeigt Ihnen den Weg zu Etiennes Zimmer“. Als der Roboter sich in Bewegung setzt, laufen Mutter und Tochter hinterher. Beide gehen Hand in Hand, wobei die Mutter die Hand ihrer Tochter dicht zu sich heranzieht.
- „Noemie, ich will dir was ganz Besonderes erzählen“, sagte Mutti. „Wie dein älterer Bruder Etienne auf die Welt gekommen ist. Dich und Etienne habe ich in dem gleichen Entbindungsheim geboren. Nachdem ich Etienne geboren habe hat die Hebamme den Mutterkuchen aufbewahrt. Der Mutterkuchen, das ist die Plazenta.“
- Plazenta? Das Wort kenn' ich nicht!
- Die Plazenta ist, was das Baby ernährt, wie Babybrei. Solange die Mutter das Baby noch erwartet, das heißt, solange das Baby noch drin bleibt, versorgt die Plazenta das Baby.
- Wozu hat die Hebamme die Plazenta aufbewahrt?

==> Weiter lesen. (PDF, 40 Ko)

Hörversion :


Lettre ouverte aux équipes de coordination des transplantations d'organes

Dans un "Blog post" précédent, avais proposé l'idée suivante : la Toussaint, journée consacrée à la mort, à nos morts, devrait également constituer un temps de réflexion sur le don de ses organes ou non à sa mort - et si oui, lesquels ? Et quels tissus ? -, ainsi qu'une période d'hommage aux donneurs d'organes vitaux. Le discours public sur le don d'organes dit : le don d'organes, c'est la greffe. La journée nationale de réflexion sur la greffe est en juin. Une journée nationale de réflexion sur le don d'organes (les prélèvements d'organes vitaux) à la Toussaint ? Le don des organes vitaux passe par la mort ; il ne serait pas déraisonnable de s'en souvenir à la Toussaint. Et, par la même occasion, de rendre hommage aux donneurs d'organes vitaux, qui, seuls, ont rendu la greffe possible. La Toussaint, du deuil à l'espoir ...


Version audio :




Voici une réponse très intéressante (4 Novembre 09):
"Bonjour, c'est bien sur une excellente idée, mais la Toussaint n'est fêtée que par les catholiques ... Même si les autres chrétiens et autres religions (monothéistes ou autres) et également les athés honorent leurs morts, cela pose un probleme de respect me semble-t-il. J'ai eu l'occasion de discuter plusieurs fois avec une infirmière coordinatrice qui a soulevé ce problème. Or on sait que la question de la religion est souvent un argument dans le dialogue avec les familles au moment de la demande de prélèvement."

Mon commentaire :
Bonjour, merci pour votre réponse. Il y a eu une émission sur la mort à la Toussaint dans 'goûts de luxe', sur BFM, la radio de l'économie. Les intervenants, professionnels des Pompes funèbres, ont rappelé que de plus en plus de familles cherchent à remplacer la cérémonie religieuse par un enterrement personnalisé, car à l'heure actuelle, le choix, c'est : la cérémonie religieuse, ou ... rien (pas d'alternative). Il me semble que la Toussaint n'est pas réservée aux catholiques : une partie de ma famille est Viet-Namienne (bouddhiste-taoïste), ils sont allés au cimetière pour la Toussaint. Quant à moi qui ne suis pas très religieuse, j'ai eu une pensée pour toutes ces familles confrontées au don d'organes, tant le deuil que doivent accomplir ces familles est tabou - tabouisé par notre société. Les religions sont d'ailleurs bien embarrassées pour prendre position pour ou contre le don d'organes : elles sont contre le démembrement du corps humain (toutes, sans exception), mais pour toutes, la vie doit primer. Le don de vie. Cette ambiguité se reflète dans la société : il y a une journée nationale de réflexion pour la greffe (le don de vie), mais pour ceux qui ont permis cette odyssée (qu'on appelle couramment 'don de vie', ce n'est pas vrai tout le temps, mais, soit) ... silence. Un peu comme si leur 'fête' avait lieu à Halloween, sans les bonbons. 'Trick or treat ?' (Un mauvais tour ou des bonbons ?). Oubliés les bonbons, reste le mauvais tour.

Pourquoi la société et les religions restent-elles divisées sur la question du don d'organes ? La 'règle du donneur mort' commande cette ambiguité. Si on disait que le donneur d'organes est ... une vie sur le départ, déjà, on permettrait aux proches confrontés à la question de ne pas avoir à choisir entre accompagner au mieux leur cher bientôt disparu (homme, femme, enfant, bébé), ou (mais pas et) l'impératif de solidarité (aider autrui). Comme me le disait le Pr. Truog, de la Harvard Medical School, tout récemment : 'Avec cette règle du donneur mort, la société et la médecine font fausse route : ils ont choisi la pire des alternatives.' Qu'est ce qui est le plus horrible : dire à des proches que ce potentiel donneur d'organes est mort alors qu'il est mourant (donc : cacher la réalité des faits), ou impliquer les proches dans la décision de toute fin de vie, en y intégrant la question du don d'organes ? Le choix actuel laisse les familles confrontées au don d'organes avec tout un tas de questions 'vitales' pour leur travail de deuil non résolues : leur proche a-t-il souffert au cours des 'soins' visant à la seule conservation des organes ? Si on accélère ou si on retarde quoi que ce soit lors d'une toute fin de vie, en l'occurence, pour conserver des organes transplantables, en cachant (angélisant) ces réalités fort peu anodines aux proches, alors, effectivement, on risque de compliquer le deuil de ces proches confrontés au don d'organes au point de le rendre impossible.

Rappeler que le don passe par la mort, c'est remettre un peu en question la 'règle du donneur mort'. Cela fait très peur. Alors je vais être provocante, s'il vous plaît ne le prenez pas mal. Prenez-le plutôt comme une critique constructive svp. Effectivement, la 'religion' de la peur est souvent un argument dans le dialogue avec les familles au moment de la demande de prélèvement. Et si la 'religion', le 'consentement présumé ou explicite' étaient autant de fausses barbes ? La 'règle du donneur mort' est le vrai problème. Une gamine du primaire a compris l'autre jour qu'on ne peut pas avoir des organes vivants sur un mort. Brave petite, elle a la tête sur les épaules.

'Mauvaise farce ou bonbons' ? Il me semble que la 'règle du donneur mort' est ... une mauvaise farce.

Si on en discutait ? Merci.

"Bonjour Catherine et merci pour votre commentaire et votre réflexion. Ce n'est pas une provocation mais seulement un essai de réflexion en commun. Et vous avez tout à fait raison quant a savoir où est la vraie question..
Derrière le mot religion tel que je l'ai utilisé, il y a les peurs de la mort et de la vie.

Je suis moi-même greffée du cœur.... et cette réflexion est ancrée au plus profond de moi soyez-en certaine!!!

La nécessité d'une journée nationale en hommage aux donneurs d'organes vitaux est certes indispensable, mais sans la mélanger ni à la religion, ni à halloween, ce serait réduire l'infini du don, le poids du chagrin et le deuil qui y est lié. Merci."


Mon commentaire :
Très beau message ...

Une journée nationale en hommage aux donneurs d'organes vitaux ?

Le don d'organes vitaux passe par la mort

Il serait bon que la population et les acteurs des transplantations se souviennent que le don d'organes, c'est avant tout le prélèvement d'organes vitaux. Sans prélèvement d'organes vitaux, pas de greffes.

Qu'est ce qu'un potentiel donneur d'organes "décédé" ? C'est un patient pour lequel un constat de décès légal a été signé par l'équipe soignante. Toutefois ce constat de décès légal ne correspond pas à la mort physiologique dudit patient. Cette mort physiologique surviendra un peu plus tard. Pour que les prélèvements d'organes vitaux soient possibles, il faut que le constat légal de décès anticipe la mort physiologique d'un patient - même si cette anticipation se joue seulement à quelques heures près.

Se pose alors la question de la toute fin de vie du donneur d'organes.

Qu'il soit maintenu en vie artificielle ou non, le potentiel donneur d'organes dit "décédé" est, au préalable du prélèvement de ses organes, un patient en toute fin de vie. Une vie sur le départ ...

Le choix d'autoriser le prélèvement de ses organes à sa mort n'est donc pas anodin. Il ne s'agit pas d'une simple formalité administrative "post-mortem" à effectuer par les proches du potentiel donneur. Il s'agit pour ce(s) proche(s) d'accompagner au mieux ce patient en toute fin de vie, tout en se trouvant confronté(s) à la question du don ou non de ses organes et/ou tissus.

Dire qu'on prélève les organes vitaux d'un mort ne correspond pas à la réalité

Le potentiel donneur d'organes est à la fois mort (le constat légal de décès a été signé) et à la fois vivant (les organes vitaux de ce "mort" sont encore en vie). Prendre une décision dans un tel contexte est tout sauf un simple réflexe de la forme - ou épidermique -, du style : "Ben oui, on donne ses organes, on est généreux. Ca fera plaisir à l'équipe médicale qui l'a si bien pris en charge", ou encore : "Ben non, on donne pas, on n'est pas contents de cet hôpital et de l'équipe médicale qui l'a pris en charge. On n'a pas confiance."

La Toussaint, journée consacrée à la mort, à nos morts, devrait également constituer un temps de réflexion sur le don de ses organes ou non à sa mort - et si oui, lesquels ? Et quels tissus ? -, ainsi qu'une période d'hommage aux donneurs d'organes vitaux.

Le discours public sur le don d'organes dit : le don d'organes, c'est la greffe. La journée nationale de réflexion sur la greffe est en juin.

Une journée nationale de réflexion sur le don d'organes (les prélèvements d'organes vitaux) à la Toussaint ?

Le don des organes vitaux passe par la mort ; il ne serait pas déraisonnable de s'en souvenir à la Toussaint. Et, par la même occasion, de rendre hommage aux donneurs d'organes vitaux, qui, seuls, ont rendu la greffe possible.

La Toussaint, du deuil à l'espoir ...

Tartuffe et Toussaint

Version audio :




La journée nationale de réflexion sur le don d'organes est en juin. Fort loin de cette Toussaint du 1er Novembre. Le don ne passerait-il donc pas par la mort ? Pour le dire de manière provocante : et si la médecine des transplantations d'organes était fondée sur un formidable déni de mort - pour le meilleur et pour le pire ?
Je dédie ce poème à tous ceux qui se sentent ou qui sont, de près ou de loin, concernés par la médecine des transplantations d'organes.

Premier novembre : journée nationale de réflexion sur le don (les prélèvements) d'organes. Journée nationale en hommage aux donneurs d'organes vitaux.

Tartuffe et Toussaint

En ce premier novembre, Toussaint pense aux cendres
La mise en bière les cimetières les prières. Les affaires c’était hier
C’est fini. L’autre rive aujourd’hui : l’homme assis mélancolie fuit
Le temps. Temps de Toussaint.
Inhumation crémation Mortefeuille humus et novembre
C’est dans l’air.
"Au cimetière !", dit Toussaint à un Tartuffe qui n’y compte guère :
"Le don d’organes, c’est en juin qu’on y réfléchit, le don de vie refleurit ;
Monsieur Toussaint, sacrifiez donc à la mort ; à la vie de sacrifier je choisis
Vous laissant novembre je prends juin – juin journée nationale de réflexion
Sur le don d’organes."
"Ainsi par la vie le don d’organes passerait-il ? Voilà qui est fort inédit !"
Or Tartuffe fait la Sourdefeuille. Plein de dédain, il ne répond point.
Toussaint insiste.
"Si par la mort le don d’organes passe, alors je suis votre saison."
"Non !" Tartuffe au cimetière est pris de colère.
Dans le dédale des tombes
Ne veut voir
Le dédale du don
Fuite en avant
Toussaint, lui, va son chemin
"'Cachez ce mort que je ne saurais voir !' A Tartuffe comme l’amour
La mort
Est taboue".
Seul donc se tient
Monsieur Toussaint face à la tombe du don.
Médite plus avant
Suspendre le deuil par le don se peut-il ?
Le don loin du deuil
Comme juin l’est de novembre ?
Sur la tombe en lettres d’or : "Le Deuil et le Don".
Car toujours le Tartuffe le tombeau comprendra.

"Il appelle la mort, elle vient sans tarder,
Lui demande ce qu'il faut faire
C'est, dit-il, afin de m'aider
A recharger ce bois ; tu ne tarderas guère.
Plutôt souffrir que mourir
C’est la devise des hommes.(*)"


(*) "La Mort et le Bûcheron", Jean de La Fontaine